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Relativité des ensembles de définition

Néanmoins, les ensembles de définition ne sont qu'un artifice théorique. En réalité il y a rarement des ensembles de définition généralement acceptés comme tels. Selon la démonstration dans [57, p.51] les sémèmes 'métro', 'autobus', 'train' et 'autocar' peuvent être organisés en langue de deux façons, dans différents ensembles de définition (cf. fig.3.1).

  
Figure 3.1: Un exemple montrant la relativité des concepts d'inhérence et d'afférence, de généricité et de spécificité en langue. En raison des situations d'utilisation les plus courantes c'est la présentation de droite qui l'emporte. Sans bien sûr que l'on puisse dire qu'il n'existe qu'un seul ensemble de définition : dans un certain contexte ( e.g. le confort ou la sécurité des transports) l'ensemble de définition de gauche peut très bien être utilisé.
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\begin{center}
\input{figs/transportsCollectifs.pstex_t}
\end{center} \end{figure}

Cette relativité des ensembles de définition impose une relativisation des concepts d'inhérence et d'afférence des sèmes, ce qui impose à son tour une relativisation des notions de spécifique et de générique puisque : << La distinction entre sèmes génériques et spécifiques est doublement relative : d'une part, un sème qui a le statut de trait générique dans un sémème peut revêtir celui de spécifique dans un autre ; d'autre part, cette distinction dépend évidemment de la définition des classes, qui peut varier avec le corpus, comme avec les objectifs de la description >> [60, p.53].

Ce qui est en fin de compte déterminant pour le choix d'un ensemble de définition plutôt que pour un autre, c'est l'usage qu'on en fait : pour revenir à l'exemple des moyens de transports, dans les << situations pragmatiques les plus courantes >> ([56]) correspondent les ensembles de définition qui permettent une première distinction entre les moyens de transport intra-urbains et extra-urbains.

Si l'on projette l'affirmation << situations pragmatiques les plus courantes >> sur le matériau textuel qui constitue l'objet d'analyse d'un utilisateur, nous nous apercevons que les ensembles de définition en langue dépendent aussi du contexte particulier de leur utilisation. De deux façons. Soit un autre ensemble de définition est utilisé car il est jugé plus pertinent pour le contexte actuel ; ainsi, on choisirait les ensembles de définition à gauche de la figure3.1 (/ferré/ vs. /routier/) si le contexte actuel concerne la sécurité des transports en général ; dans ce cas les sèmes inhérents hérités par défaut sont différents. Soit les sèmes inhérents dans l'ensemble de définition ne sont pas hérités par les occurrences, en raison d'autres ensembles de détermination contextuelle qui les virtualisent.

Précisément au moment où les ensembles de définition en langue peuvent être utilisés pour l'analyse d'un texte, ils sont mis à l'écart par les ensembles contextuels caractéristiques du texte, du genre ou de l'idiolecte de l'auteur. On devrait s'y attendre. Le sens d'un sémème est déterminé plutôt par l'incidence des localités textuelles dans lesquelles il est utilisé (c.-à-d. le contexte) que par la signification hors contexte (en langue). Nous avons donc intérêt à utiliser des ensembles de << détermination sémantique >> (ou plus généralement des classes sémantiques) établis au sein des diverses localités textuelles (pratique sociale, genre textuel, idiolecte d'un auteur) à la place d'un seul ensemble de définition établi en langue.

Comme nous allons voir plus tard, la charge sémique d'un sémème peut provenir d'une classe sémantique de n'importe quel niveau. Mais en règle générale le niveau le plus proche contextuellement l'emporte sur les niveaux plus généraux (contexte plus large ou hors contexte). Nous attendons, par exemple, qu'une analyse fondée seulement sur les connaissances présentes dans un dictionnaire se révèle généralement plus pauvre qu'une analyse qui prend en compte les classes sémantiques établies par le genre du texte analysé, dans les autres textes du même auteur ou par les commentateurs de ce texte.

Dans notre modélisation nous essayons de mettre en \oeuvre une telle organisation des classes sémantiques. Une organisation qui accepte différents niveaux de textualité et où nous ajoutons quelques heuristiques de suggestion automatique qui utilisent la règle générale selon laquelle une classe sémantique << contextuellement >> (ou << intertextuellement >>) plus proche est plus pertinente qu'une classe contextuellement générale ou hors contexte. Autrement dit, le choix d'une classe sémantique établie, par exemple, dans le texte même ou dans un texte de la même anagnose, l'emporte généralement sur un choix d'une classe établie dans une autre anagnose.

Avant de parler de l'organisation des classes sémantiques, quelques précisions sur l'utilité de cette recherche de classes sémantiques << pertinentes >> s'imposent. Leur utilité dans la Sémantique Interprétative est principalement l'instauration des sèmes afférents (ou inhérents) << pertinents >> pour une analyse qui, à leur tour, constituent des isotopies.


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Theodore Thlivitis, 1998