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Critique

Ce principe est-il trop contraignant ? N'existe-t-il pas d'interprétations qui s'appliquent à un texte hors contexte ou à une lexie type ?

Nous voyons principalement (sans prétendre à l'exhaustivité) trois types de structures sémantiques qui sembleraient avoir comme éléments des entités types :

1.
Quelques structures sémantiques << standards >>, << stabilisées >> ou << inhérentes >>, concernant une entité. Par exemple, on pourrait dire que le taxème de //couverts// qui concerne, entre autres, l'entité 'couteau' avec des relations sémiques comme /sert-à couper/ par rapport à 'fourchette', constitue une structure sémantique appliquée à 'couteau' en dehors d'un contexte d'analyse : le terme 'couteau' n'est pas positionné. De même pour l'attribution sémique /mariée/ relative à 'femme'-type par rapport à 'fille'-type.

À un niveau plutôt sociolectal, l'information sémique /faiblesse/ serait attribuée à 'femme' en tant que type, en dehors d'un contexte d'une analyse précise.

'Femme' peut donc avoir le statut de type à différents degrés. Ce qui importe au fond est l'<< étendue >> de la validité de l'attribution sémique : plus elle est grande, plus l'intérêt d'une attribution à l'entité type semble être grand.

L'intérêt informatique d'une structure sémantique appliquée à une entité type est sa réutilisabilité potentielle sur toutes les occurrences de l'entité type, tant que ceci n'entre pas en contradiction avec d'autres structures sémiques déjà établies. Une occurrence de 'femme' dans le contexte d'une analyse peut profiter << par défaut >> de l'attribution sémique /faiblesse/ déjà effectuée à 'femme' en tant que type. Par contre, l'attribution sémique est annulée (mais pas annihilée, dans la mesure où elle est seulement virtualisée) si les autres attributions effectuées lors d'une analyse particulière ne le permettent pas. En général, le local l'emporte sur le global dans la constitution d'une structure sémantique actuelle. Une information sémique contradictoire, issue directement du texte analysé, peut virtualiser une attribution sémique qui vient du type et qui, par défaut, serait attribuée à la lexie occurrence.

2.
En ce qui concerne les textes, un ensemble d'informations extérieures concernant un texte en tant qu'unité (et par rapport aux autres textes), peuvent concerner le texte type, telles le nom de l'auteur, la date de création, etc. Cependant, l'attribution de ces informations sémantiques au texte type n'est pas toujours possible. Dans certains cas l'identité de l'auteur doit faire l'objet d'une interprétation, selon un lecteur ; elle sera donc attribuée au texte occurrence.

D'autre part une structure sémantique qui est le résultat d'une interprétation explicite, donnée par l'auteur même (e.g. dans un commentaire, une préface, etc.) semble aussi concerner le texte type. Ceci est vrai si l'on effectue une analyse descriptive mais peut ne pas être vrai si l'objectif est une analyse productive. Dans tous les cas, plus judicieuse semble être la solution selon laquelle l'interprétation offerte par l'auteur concerne le texte occurrence dans une anagnose appartenant, précisément à l'auteur-même. À l'aide de relations entre les anagnoses, l'utilisateur peut demander de bénéficier ou d'ignorer l'interprétation donnée par l'auteur.

3.
Un texte type semble aussi être concerné par quelques interprétations de ses lexies qu'on pourrait appeler directes (cf. plus bas, la notion de CS de niveau k=0) car elles concernent seulement l'intratexte, elles sont complètement lexicalisées et elles sont pour la plupart immédiates (effort interprétatif minimal et principalement de type morphosyntaxique). Par exemple dans un dictionnaire encyclopédique on trouvera : << Turbot. Poisson de mer plat, à chair très estimée. >> Nous considérons que les attributions sémiques de /poisson de mer/, /plat/ et /à chair très estimée/ vers 'turbot', même si elles dépendent d'un ensemble de compétences interprétatives de base4.7, sont considérées directes.

Mais bien sûr, même à ce niveau basique d'interprétation, il existe des cas (e.g. ambiguïtés syntaxico-sémantiques) qui doivent faire l'objet d'une interprétation plus complexe. Dans de tels cas, la structure sémantique attribuée dépend de l'utilisateur et de son point de vue, elle est donc attribuée à l'entité occurrence et non plus à l'entité type.

Après cette rapide discussion, il est facile de constater que l'attribution sémique sur une entité type est principalement utile en tant qu'indice concernant d'éventuelles attributions sémiques par défaut4.8 sur les entités occurrences qui lui correspondent.


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Theodore Thlivitis, 1998