La notion d'isotopie occupe une place principale au sein de la Sémantique Interprétative. Ceci est normal puisque dès le début de [56] la question qui se pose concerne l'unité d'un texte. Une Sémantique Interprétative Intertextuelle se doit, au moins, d'introduire et déterminer le sens d'une notion plus large, alignée à la donnée d'un intertexte, une notion, en quelque sorte d'interisotopie, même si elle n'a pas comme objectif principal l'unité de l'intertexte.
Une première approche de la différence entre le terme isotopie et interisotopie est logiquement le passage d'une isotopie intratextuelle à une << isotopie >> intertextuelle.
Examinons la notion d'isotopie comme définie jusqu'ici. Elle est bien sûr intratextuelle puisqu'elle concerne l'intra d'une entité textuelle. Une isotopie résume la récurrence d'un trait sémantique sur un ensemble, par exemple, de lexies d'un seul texte. Mais une isotopie n'est jamais (ou presque) de manière autonome définie au sein de l'intratexte. Nous avons eu l'occasion de discuter à plusieurs reprises le besoin d'intégrer les sources sémiques qui conduisent à la construction d'une isotopie. Ces sources se trouvent en partie à l'extérieur du texte, dans une note bibliographie, un commentaire et bien sûr dans un dictionnaire ou un glossaire spécialisé, constituants de l'intertexte de l'analyse. De ce point de vue l'isotopie est intertextuelle, issue d'un ensemble d'interprétations opérées à l'extérieur du texte. Mais, dans ce cas, toute CS est intertextuelle.
Nous gardons donc le terme isotopie (ou intra-isotopie) tant que ses éléments textuels sont situés au sein d'un seul texte (positionné, bien sûr, dans une anagnose).
Une deuxième possibilité pour le concept d'interisotopie serait de le définir comme une récurrence de traits sémantiques qui caractérisent des textes entiers mais au sein d'une anagnose. Un déplacement donc de la définition précédente vers un niveau de textualité supérieur. Le préfixe inter ferait donc référence à l'espace intertextuel dans lequel une interisotopie opère pour décrire des relations entre les textes, considérés comme unités. Par exemple, que tous les textes de cette anagnose constituent des pastiches d'un texte source (ou plus généralement des intertextes, selon la terminologie4.19 de Genette, [30]) ; ou bien que tel texte est un commentaire de tel autre texte (donnant ainsi au système informatique la possibilité d'y chercher des sources sémiques pour les attributions sémiques). De tels traits sémantiques ne sont en principe pas retrouvés dans les textes, l'isotopie ne contient pas de lexies comme éléments mais de textes en tant qu'unités -- par exemple, en tant que titres.
Effectivement, dans ce cas, une isotopie aurait pour éléments des lexies, une interisotopie, des textes et une inter-interisotopie, des anagnoses. Dans tous ces cas, les éléments sont considérés en tant qu'unités et l'isotopie (ou interisotopie etc.) est établie au sein de l'entité directement englobant les éléments. La différence est juste le niveau de textualité des éléments.
Cependant, nous préférons maintenir le terme isotopie pour tous ces trois types d'isotopies et réserver le terme interisotopie pour un troisième type de récurrence sémantique que nous n'avons pas encore examiné.
Nous justifions pourquoi.
Nous allons effectivement utiliser le terme d'interisotopie pour combler le manque d'une notion de récurrence entre l'intratexte de plusieurs textes positionnés dans une anagnose.
Par exemple il est habituel de vouloir rendre explicite le fait que
les traits d'un acteur (e.g. issus de la première séquence du
Don Juan de Molière présentée dans [57, p.78])
sont retrouvés dans deux textes différents. Cette relation ne
considère pas les textes en tant qu'unités (comme dans le cas d'une
relation de pastiche que nous avons mentionné auparavant) mais elle
est fortement liée aux interprétations effectuées au sein de chacun
des textes. Sur le plan formel, une classe interisotopique est
fondée sur les CS de type isotopique établies dans les textes. Sur le
plan du processus interprétatif, ce dernier n'est pas toujours vrai,
les isotopies intratextuelles peuvent dépendre d'une présomption interisotopique établie initialement au sein de l'anagnose (cf. fig. 4.18).
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Le passage d'une notion d'intra-isotopie à celle d'inter-isotopie est fondé sur une analogie entre le processus de formation de classes sémantiques de différents niveaux :
Pour ne pas perdre le fil, il serait instructif de se reporter à la fig. 4.18, pour une synthèse schématique de ces idées.
Pour résumer, nous souhaitons remarquer que nous concevons la notion d'isotopie seulement :
Au contraire, une inter-isotopie, placée au sein d'une anagnose, concerne la récurrence de traits sémantiques de l'intratexte (e.g. ensemble de lexies) de plusieurs textes de l'anagnose. Les éléments (lexies) ne sont pas directement positionnés dans l'entité textuelle (anagnose). Ceci fait qu'une interisotopie suppose la création d'un ensemble d'intra-isotopies au sein de ces textes, sur lesquelles elle sera ensuite fondée4.20.